Construction : courtiers cherchent assureurs désespérément

Alors que la reprise du bâtiment est de bon augure pour le marché de l’assurance, les courtiers de proximité risquent de passer à côté de cette embellie, faute d’assureurs avec qui travailler.

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Construction : courtiers cherchent assureurs désespérément

Après la faillite de Gable en 2016, le run-off d’Élite en 2017, la mise en redressement de CBL début 2018 et le run-off d’Alpha Insurance le 3 mars, le nombre d’interlocuteurs se restreint pour les quelque 4 000 courtiers qui distribuent de l’assurance construction en France. Et ce, d’autant que ces défaillances impactent les mandataires SFS et EISL avec lesquels une majorité des intermédiaires travaillent. Car parmi ces courtiers orphelins de porteurs de risques, seuls une cinquantaine sont vraiment des spécialistes, réalisant plus de 70 % de leur chiffre d’affaires auprès des professionnels du bâtiment, disposant de codes chez les assureurs historiques du marché (Axa, Allianz, SMABTP, MMA, Generali, Aviva, Groupama…). Pour tous les courtiers de proximité plus généralistes, passer par des intermédiaires spécialisés était une des seules façons d’accé­der facilement et rapidement à des garanties construction.

Inaccessibles compagnies

« Pour un courtier de petite taille, ouvrir un code chez une compagnie pour distribuer ses produits construction est souvent difficile », confirme Claude Guérin, PDG d’April Partenaires, avant d’ajouter : « et quand certains arrivent à obtenir un code, ils ne parviennent pas toujours à le conserver, car un minimum d’affaires mensuelles est souvent exigé ». Ronny Sebag, directeur du département construction et directeur réseaux et du développement France Ouest, associé du groupe SPVie Asurances, complète : « Les exigences en termes de chiffre d’affaires et d’ancienneté sont telles que beaucoup renoncent ou n’y arrivent pas ». Dans la balan­ce, un autre élément freine cette collaboration entre David et Goliath : la réactivité. Or les courtiers de proximité en font souvent un argument de poids auprès de leur clientèle. « Les TPE du bâtiment ont besoin d’avoir une estimation du tarif dans la journée et leur attestation d’assurance en quelques jours. Les compagnies ont un mode d’organisation trop lourd pour répondre à nos demandes », estime un courtier. Un obstacle que Marie-Capucine Walbert, présidente de Kohler Assurances (CA : 3,5 M€), a réussi à contourner : « De par notre ancienneté, nous avons aujourd’hui des codes auprès des principales compa­gnies du marché. La délégation de gestion accordée par certaines d’entre elles nous permet d’avoir la main sur l’émission des pièces et la gestion des contrats, et donc sur les délais de traitement. »

Une réactivité nécessaire

Le courtier SPVie a également contourné la difficulté pour chercher le compromis. « Notre credo est de proposer une véritable alternative aux offres des assureurs traditionnels, pas toujours accessibles à tous les courtiers, et aux offres des compagnies exotiques, qui peuvent avoir de lourdes conséquences au titre du devoir de conseil de l’intermédiaire d’assurance. Notre offre avec un assureur français (ndlr : Groupama), nos garanties et montants de garantie sont de qualité, avec une souscription simplifiée », vante Ronny Sebag. Yoann Chery, DG de Leader Under­writing, un des derniers acteurs du marché à proposer des contrats souscrits auprès d’une compagnie européenne opérant en LPS (libre prestation de services) défend également son offre : « Nous offrons aux courtiers ce que les compagnies sont incapables de proposer : souplesse de souscription, digitalisation des tarifs et proximité. Nous leur simplifions la vie avec des attestations rapides et des coûts de gestion réduits. Nous avons toujours maintenu une politique tarifaire ferme sans céder aux baisses de tarifs de la concurrence. Quand nous avons été les premiers à lancer la tarification en ligne en décennale en 2013, tout le monde nous montrait du doigt. Aujourd’hui, les compagnies s’y mettent les unes après les autres », ironise celui qui travaille avec la société MIC Insurance Millenium à Séville (filiale du groupe espa­gnol Morera dont le siège est à Gibraltar). Quant au dernier intermédiaire spécialisé encore en place, EISL, il n’a plus que le Lloyd’s pour répondre aux demandes de ses courtiers. D’autres interlocuteurs comme RCDPro et ProFirst continuent aussi à proposer sur le marché des contrats de sociétés étrangères, notamment de Millenium…

Le DG d’un cabinet de courtage parisien CA : 350 000 €
« Au départ, aucune compagnie ne voulait m’ouvrir un code »

« J’ai commencé comme courtier généraliste, avant de me spécialiser il y a quelques années dans la construction, témoigne un professionnel qui souhaite rester anonyme. Au départ, je travaillais surtout avec des acteurs en LPS, car aucune compagnie ne voulait m’ouvrir un code. Avec une meilleure connaissance du marché et des garanties, j’ai fini par comprendre que leurs contrats étaient légers (garanties faibles, franchises hautes) et pas assez sérieux pour mes clients. La progression de mon CA aurait pu me permettre d’ouvrir un code chez un des majors du marché, mais j’ai finalement renoncé, au vu de l’épaisseur du dossier à remplir. Aujourd’hui, je place 75 % de mes affaires chez SPVie et le reste chez MMA. Mes clients sont rassurés d’avoir un assureur français, et moi, un interlocuteur réactif, offrant des garanties et des prix dans le marché. »

La fin d’un cycle

Sauf que les clients professionnels des courtiers sont devenus plus regar­dants. « On arrive à la fin d’un cycle », confirme Claude Guérin. « Sur les chantiers, certains maîtres d’œuvre commencent à refuser les attestations d’assureurs étrangers. » « Nous ne voulons plus prendre de risques », témoi­gne un courtier qui travaillait, jusqu’ici, essentiellement avec CBL via SFS. Tous les courtiers concernés vont devoir trouver à échéance un nouvel assureur pour leurs clients, en espérant que les sinistres antérieurs soient bien réglés (ce qui sera la règle en cas de redressement judiciaire de CBL, plus difficile en cas de liquidation). Le cocourtage auprès d’un courtier plus gros disposant des précieux sésames des compagnies est une solution. « Nous sommes régu­lièrement sollicités par des courtiers de plus petite taille qui souhai­tent profiter de nos codes chez les grandes compagnies. Nous analysons les dossiers avant de les accepter » confirme Marie-Capucine Walbert. L’autre solution est d’avoir recours aux courtiers grossistes français comme April (avec ProBat/QBE) et SPVie (avec RCBat/Groupama). « Nous avons été précurseurs comme grossistes délégataires il y a 8 ans, en faisant le choix de proposer des délais d’acceptation très courts et une offre complète. Mais nous refusons les risques aggravés comme les résiliés pour non-paiement ou pour sinistres fréquents », précise Claude Guérin.

  • 2,1 Md€ Le montant des primes annuelles émises en affaires nouvelles en construction entre 2011 et 2015
  • 4 000 Le nombre de courtiers qui distribuent de l’assurance construction en France

Des difficultés accrues

Quid des jeunes créateurs d’entreprise ? « Ils sont les plus difficiles à assurer, car peu d’assureurs ou de grossistes les acceptent. Il est à espérer qu’ils assouplissent leurs conditions, car je reçois 20 demandes de ce type par semaine. CBL les prenait avec un simple CV, ce qui bien sûr paraît incroyable. Mais le marché va devoir trouver une solution, d’autant que l’activité reprend dans le BTP », s’inquiè­te un courtier. Les compagnies s’ouvriront-elles pour combler le vide laissé par les acteurs en LPS ? Dans le cas contraire, le BCT (Bureau central de tarification) pourrait les obliger à assurer ces professionnels, avant que d’autres acteurs étrangers ne finissent par arriver pour prendre le relais…

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