Explosion rue de Trévise : gérer l'urgence, un exercice à haut risque

Confrontés à une dramatique explosion au cœur de Paris, les assureurs organisent la gestion de crise pour répondre à la détresse des sinistrés de la rue de Trévise. Un test pour les directions indemnisations comme la profession.

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Explosion rue de Trévise : gérer l'urgence, un exercice à haut risque
Le 12 janvier, une violente explosion a dévasté une partie de la rue de Trévise à Paris. Bilan : quatre morts, de nombreux blessés et de très importants dégâts matériels.

Les scènes de désolation et les cris d'alarme des sinistrés démunis auront marqué les premiers jours de la catastrophe. Trois semaines après le drame, les enquêteurs tentent encore d'établir les circonstances de la violente explosion de gaz dans la boulangerie du 6, rue de Trévise, samedi 12 janvier à 8 h 45, et dont le souffle a fait trembler les immeubles de ce quartier du 9e arrondissement de la capitale. L'explosion a fait quatre morts dont deux pompiers, une touriste espagnole et une habitante de l'immeuble du n° 6, et près de 66 blessés. Par ailleurs, les dégâts matériels sont lourds pour les quelque 160 sinistrés, pour l'essentiel des particuliers logés dans le quartier, ainsi que des commerçants.

L'hypothèse d'une explosion provoquée par une fuite de gaz est désormais retenue. Mais ses causes, et donc les responsabilités qui en découleront, restent encore à déterminer. GRDF a démenti toute vétusté supposée du réseau de gaz en réponse aux critiques d'Alexandre Vesperini, conseiller de la ville de Paris. De son côté, la propriétaire de la boulangerie Hubert a confié au micro de RTL que « tout fonctionnait à l'électrique » et attribuerait l'origine de la fuite de gaz « à un appartement voisin ». « Tous les scénarios sont possibles. Il faut être très prudent tant que les conclusions de l'enquête ne sont pas connues. La fuite pourrait très bien provenir de l'installation de gaz de la boulangerie, même si cettedernière n'utilisait quel'électricité », confiait un assureur dommages au fait du dossier.

Pas encore d'évaluation chiffrée

Les assureurs, justement, ont été exposés à des degrés divers dans le secteur. Selon les informations recueillies par L'Argus de l'assurance, Axa couvre plusieurs risques représentant une cinquantaine de dossiers, dont des contrats MRH (multirisque habitation) mais également de la multirisque professionnelle pour la boulangerie. « Nous n'avons pas encore de chiffres précis concernant les coûts liés à cet événement dramatique, notamment car l'enquête pour déterminer les causes de l'accident est encore en cours. Une équipe d'inspecteurs spécialisés dommages a été mobilisée uniquement pour les risques immeubles, habitation et commerces », précise Axa.

Autre assureur impliqué en première ligne, Generali, au titre de la copropriété de l'immeuble du n° 6, aurez-de-chaussée duquel était installée la boulangerie. En plus d'une cinquantaine de dossiers MRH, l'assureur couvre également trois hôtels du groupe Accor, deux Mercure et un Ibis, dont deux situés juste en face du lieu de l'explosion.

3 mesures d'exception

Les assureurs de la FFA ont décidé des mesures exceptionnelles pour l'ensemble des sinistrés, indépendamment des dispositions figurant dans les contrats (MRH notamment) :

  • Accepter des déclarations au-delà des délais contractuels et faire preuve de compréhension quant aux moyens d'attester des dommages. déclarations acceptées par téléphone, internet ou lettre simple
  • Prendre en charge les frais de relogement des assurés dont le logement est inhabitable ou inaccessible pendant une durée minimale de deux mois sur justificatif, quelles que soient les garanties prévues dans leur contrat
  • Verser une avance immédiate aux assurés pour faire face à leurs besoins urgents.

Guichet unique

Dans le cadre d'une concertation avec la profession, Generali s'est par ailleurs engagé à régler, à titre temporaire, les indemnités aux victimes des dommages corporels. Cette procédure d'indemnisation dite « pour le compte de qui il appartiendra » vise à répondre aux situations d'urgence en attendant que les responsabilités soient établies au plan judiciaire, souvent au terme de plusieurs années de procédure.

Concrètement, Generali intervient entant que « guichet unique » auprès des victimes, indépendamment de leur assureur d'origine, dans le cadre d'une activité de soutien et de préfinancement des préjudices corporels. Une fois les responsables identifiés, charge ensuite aux assureurs mis en cause de se répartir, par des reversements, les sommes déjà avancées par l'un d'entre eux. Ce dispositif n'est pas nouveau. Il est générale-ment déclenché en RC auto lorsque plusieurs véhicules sont impliqués dans un accident mettant enjeu une pluralité d'assureurs (article 23 de la loi Badinter). Plus récemment, la procédure avait été enclenchée lors de la collision entre un poids lourd et un bus scolaire le 23 octobre 2015 à Puisseguin ; un accident qui avait provoqué la mort de 43 personnes et blessé 8 autres.

Reste que les assureurs semblent avoir saisi tout l'intérêt d'agir vite dans l'accompagnement des victimes tant le risque de réputation est avéré en gestion de crise. Cette prise de conscience n'a toutefois pas empêché la médiatisation de quelques cris d'alarme de sinistrés, dont certains, à l'image de « Valérie », une mère de famille qui vit rue de Trévise avec son mari et son fils, ne pourront sans doute pas regagner leur logement avant deux mois : « Je ne suis pas qu'u n contrat ! Je suis une mère, je suis une femme et je suis vivante avec mon enfant et mon mari ! », s'est-elle écriée en interpellant les assureurs sur le manque d'information.

Crédibilité enjeu

La profession, parla voix de la Fédération française de l'assurance (FFA), a tenté d'apaiser cette détresse en annonçant des mesures exceptionnelles (lire ci-contre). Mais au-delà de l'exercice de communication, l'assurance joue sans doute une partie de sa crédibilité en matière de protection du consommateur. « Nous n'avons pas le droit à l'erreur. Sil'un d'entre nous dévie dans sa gestion de la crise, il nous entraînera avec lui », concède, un brin préoccupé, un grand assureur dommages.

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